Le Paradoxe de Ticha Béav: Du Deuil à la Reconstruction

20 juillet 2026

Par Rav Dov Roth

42 min

Le Paradoxe de Ticha Béav: Du Deuil à la Reconstruction

Cours Donné par le Rav Dov Roth dans le cadre des matinées pour femmes de Derech Laolim, tous les dimanches matin à 10 H, au 29 King George, RDC, Jerusalem.

 

Le paradoxe de la période

Les mois d’été (Tamouz, Av, Eloul) auraient dû être des mois de fête — moissons abondantes, journées longues — et non de deuil. C’est la faute des Explorateurs (Méraglim), qui ont pleuré sans raison devant la Terre d’Israël, qui a transformé ce potentiel de joie en jours de deuil « pour toutes les générations ». D’où l’idée qu’une chose et son inverse cohabitent : le point culminant du deuil (Ticha Béav) est aussi le jour de naissance potentielle du Machia’h.

La méthode : les racines hébraïques révèlent des vérités opposées mais liées

Le Rav développe plusieurs paires de mots partageant la même racine, en apparence contradictoires :

  • Atsouv (triste) / Itsouv (décorer, façonner) — l’épreuve nous « forme », comme un sculpteur qui retire de la matière pour révéler une forme.
  • Tsara (malheur) / Tsoura (forme) — l’épreuve donne une forme, une identité.
  • Kedousha (sainteté) / Kedésha (prostituée) — même mécanisme utilisé en sens inverse : tout mettre au service du spirituel (sainteté) versus tout mettre au service de la matérialité (dévoiement).
  • Rinam (pleurer sans raison, « béhinam ») / Hen (grâce) — perdre le « hen » (la grâce, la vision d’ensemble) mène aux pleurs gratuits.

L’inversion Ayin/Pé dans Eikha

Dans l’acrostiche alphabétique des Lamentations, le Pé (bouche/parole) précède anormalement le Ayin (œil/vision) — alors que logiquement on devrait d’abord regarder (Ayin) puis parler (Pé). Cela symbolise la faute des Explorateurs : ils ont parlé (jugé, critiqué) avant d’observer avec discernement, arrivant avec des préjugés plutôt qu’une analyse claire.

Le « Hen » comme vision d’harmonie globale

Le Rav définit le « hen » (la grâce) non comme une perfection esthétique de détail, mais comme la capacité à percevoir l’harmonie d’ensemble malgré des éléments imparfaits pris isolément (un nez ou des oreilles moins jolis n’empêchent pas un visage d’être gracieux). Il applique cette idée :

  • Au projet divin : on butte sur des détails douloureux (guerres, maladies, épreuves) sans voir l’harmonie globale.
  • À Esther, qui malgré une beauté physique jugée limitée, dégageait un « hen » extraordinaire né de son effacement total au service de sa mission — la rendant réceptacle de la présence divine.
  • Aux Explorateurs, qui se sont focalisés sur les obstacles (géants, terre difficile) en perdant de vue la promesse divine globale.

Sens des pratiques de deuil

L’interdiction de porter des chaussures en cuir pendant les Trois Semaines symbolise le renoncement à « tracer une nouvelle route » : on suit pour l’instant un chemin déjà tracé, en attendant que tout s’inverse.

Le message central

Vivre pleinement cette période de deuil (et non l’attendre passivement) est la condition pour retrouver le « hen » — cette vision d’harmonie — et ainsi ouvrir la voie à la reconstruction, à la « re-formation » des lettres dispersées de l’alphabet (symbole de la Torah brisée), et finalement à la venue du Machia’h. Le jour le plus sombre de l’année porte en lui, structurellement, l’espoir le plus grand.

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Rav Dov Roth

Président Fondateur du site Chiourim.com, des Institutions Bnei Torah, du service AlloRav, du centre Derech Laolim situé à Jérusalem, et des sites Techouvot.comZivoug.comGuemara.com, etc…

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