Bruxelles menace la chehita

La Commission européenne prépare un règlement entravant considérablement l’abattage rituel. Les responsables communautaires dénoncent une offensive contre la che’hita et se sont lancés dans un lobbying actif pour contrer les campagnes des défenseurs des animaux.

La che’hita est menacée en France ! La Commission européenne semble, en effet, décidée à imposer des restrictions à l’abattage rituel pratiqué à la fois par les Juifs et par les Musulmans. Une menace dont les institutions juives ont pris conscience puisque la proposition de règlement actuellement à l’étude à Bruxelles pourrait non seulement entraver la che’hita, et même aller à l’encontre de la Hala’ha. Déterminés à mettre en place un plan d’action commun, les représentants des différents consistoires français, anglais, suisses, néerlandais, belges et tchèques se sont donc réunis, le 7 décembre dernier, dans les locaux du Consistoire de Belgique. Une réunion à laquelle assistaient également les responsables du Bureau européen de la Che’hita (BES), un organisme réunissant le Congrès des rabbins européens et les principales cacherout ‘harédi, comme celle du Rav Rottenberg. Cette « task force » chargée de protéger
les intérêts juifs dans ce domaine, dispose d’excellents relais au sein des institutions européennes. Ce sont eux qui l’ont récemment avertie de ce qui se trame à la Commissq sion, l’exécutif européen.

Celle-ci envisage en effet de permettre à chaque État membre de l’Union Européenne, d’imposer l’étourdissement préalable des animaux avant la che’hita. Un revirement, puisque jusqu’à présent la législation européenne dispensait l’abattage rituel de l’étourdissement par choc électrique préalable, obligatoire pour la viande non casher. Censée épargner la douleur de l’abattage, cette mesure est en effet absolument incompatible avec les règles de la cacherout qui exigent que la bête soit « consciente » au moment de sa mise à mort. « La che’hita prévue par la Hala’haest justement faite pour que l’animal ne souffre pas », explique le Grand rabbin de la Moselle, Bruno Fiszon, qui représentait la communauté française à la réunion de Bruxelles, en compagnie du président du Consistoire Central, Joël Mergui : « Plusieurs études scientifiques ont montré l’absence de souffrance puisque le cerveau de la bête cesse immédiatement d’être alimenté une fois les trachées sectionnées ». Un avis particulièrement autorisé, puisque le Grand rabbin Fiszon est également vétérinaire ! Il note d’ailleurs, que si la che’hita ne représente que 0,036 % de la totalité des abattages pratiqués au sein de l’UE ; pas moins de 6 % de ceux concernant la viande taref seraient marqués par des incidents qui sont, eux, synonymes de souffrance réelle pour l’animal. La Commission européenne envisage également d’imposer l’abattagq ge de la bête debout, à la différence de la position couchée à laquelle sont habitués les cho’hatim. Outre les problèmes de sécurité qu’elle pose (voir interview), la station debout est problématique d’un point de vue hala’hique : « Couché, le geste de la che’hita est naturel, alors que debout, les risques
d’écrasement de la carotide – interdit par la Hala’ha car assimilé à une « drassa » - augmentent considérablement », assure-t-il encore. Par ailleurs, il est également prévu d’obliger les cho’hatim à obtenir une sorte d’agrément européen pour pouvoir exercer. Inacceptable pour les institutions juives qui dénoncent la tentative de Bruxelles de venir se mêler de cacherout.

 Reste une dernière mesure, à priori secondaire - mais qui risque d’étouffer économiquement l’abattage rituel : le labeling. Désormais, les commerces se verraient dans l’obligation de signaler les morceaux de viandes issus de la che’hita - et donc abattus sans étourdissement - mis en vente dans le circuit classique. Sous prétexte d’information du consommateur, on risque de « stigmatiser » la viande issue de l’abattage rituel. Pour les professionnels de la cacherout, cela entraînerait surtout un vrai manque à gagner puisqu’ils perdraient la possibilité d’écouler les parties arrière de l’animal, que les Juifs ne peuvent pas consommer :

« Résultat, le prix de la viande casher s’envolerait puisqu’elle ne serait plus amortie. On voudrait nous étrangler économiquement que l’on ne s’y prendrait pas autrement », s’indigne Pinhas Kornfeld qui préside le Bureau européen de la Che’hita avec le grand rabbin de Bruxelles, Albert Guigui. Fin connaisseur des arcanes bruxelloises, lui qui dirige aussi Ma’hzikéHadat, la principale organisation ‘harédi d’Anvers, s’interroge sur une éventuelle convergence d’intérêts destinée à porter atteinte à l’abattage rituel. Premières visées, les associations de défense des animaux ont depuis longtemps la che’hita en ligne de mire. Internet regorge d’ailleurs de dénonciations des « actes barbares » auxquels les cho’hatim soumettraient les animaux. Très influents en Suède, en Lettonie et en Estonie, ils y ont déjà réussi à faire interdire l’abattage sans étourdissement préalable. « Ils organisent un lobbying intense à coup de conférences et de campagnes de mobilisation de l’opinion publique ».

Certains voient d’ailleurs avec une certaine inquiétude la perspective de la présidence suédoise se profiler à partir de juillet 2009. Stockholm ne risque-t-elle pas d’en profiter pour limiter encore plus l’abattage rituel. « Paradoxalement, c’est plutôt une bonne nouvelle, puisque cela obligera la Suède à une certaine neutralité sur la question », tempère Pinhas Kornfeld. « C’est à double tranchant : en ce moment, nous aurions bien besoin du soutien de la France qui dirige l’UE jusqu’à la fin de l’année, mais elle reste discrète ». Tout se jouera donc dans les prochaines semaines, alors que la République tchèque s’apprête à prendre la tête de l’Union. Il faut en effet faire vite, puisque que la proposition de règlement devrait bientôt être soumise au vote des députés européens. Avant qu’il ne soit trop tard, le BES se livre donc à un « lobbying sans relâche », comme le reconnaît son président.

Un activisme qui avait déjà permis de repousser, en 1991, une première tentative de la Commission européenne de porter atteinte à la che’hita. « Depuis, on s’est peut-être endormi sur nos lauriers et nous n’avons pas été assez vigilants pour protéger nos intérêts », admet un acteur du dossier. Il est vrai qu’entre-temps, la communauté musulmane est devenue de plus en plus visible et revendicative. Beaucoup estiment d’ailleurs que c’est elle qui est principalement visée par les restrictions à l’abattage rituel, les Juifs payant apparemment les « pots cassés » des craintes qu’inspirent les Musulmans.

Serge Golan

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