Ce Chabbat
14 Sivan correspond
à l’anniversaire de décès
de l’un des piliers du
judaïsme lituanien dont
l’influence reste jusqu’à
ce jour très vivante
dans le monde des
yéchivot : celui que l’on
appelle « rabbi ‘Haïm de
Volozhin ».
Rabbi ‘Haïm Itzkovitz zatsal
est mieux connu au nom
de la ville dont il fut le rav pendant
plus de 40 ans : la cité de Volozhin
située dans l’actuelle Biélorussie.
Né en 1749, il fut initié à l’étude de la
Torah par le rav de Minsk, rav Raphaël
Hamburger, puis revenant à Volozhin,
il eut l’insigne mérite de recevoir l’enseignement
du très célèbre « Chaagat
Aryé », rav Aryé Leib Ginsbourg zatsal,
qui fut plus tard nommé à la tête de
la communauté juive de Metz.
Mais c’est âgé de 19 ans qu’il entreprit
un voyage jusqu’à Vilna, la capitale de
la Lituanie, pour y rencontrer le grand
maître de la génération, celui qui allait
devenir son maître de prédilection : le
Gaon de Vilna. Il raconta lui-même qu’à
l’occasion de ses premières rencontres
avec ce grand maître, il s’était présenté
à lui comme un jeune élève brillant,
confiant dans son potentiel exceptionnel
et doué d’une mémoire phénoménale.
Mais il avait cependant confié
au Gaon que bien qu’ayant appris et
révisé l’ordre talmudique de Moëd à
19 reprises (!), il ne parvenait pas à en
connaître tous les détails à la perfection.
A son tour, le maître s’était étonné
de sa question : « Penses-tu réellement
que 19 révisions soient suffisantes ?,
lui rétorqua-t-il. Il n’y a absolument
aucune limite à ton étude, et toute ta
vie durant, tu es tenu d’apprendre et
de réviser ! ». C’est à peine âgé de 25
ans qu’avec la bénédiction de son maître,
il retourna ensuite à Volozhin où
il prit la fonction de rav de la ville et
ce, jusqu’à la fin de sa vie. Au tout début
du XIXe siècle, peu après le décès
de son maître, il fonda dans cette cité
une « yéchiva » – notion toute nouvelle
à l’époque – qui devint ainsi la véritable
« Mère » de tous les établissements
d’études toraïques ensuite créés grâce à
cette impulsion. En fait, c’est à travers
cette véritable « école talmudique » que
rav ‘Haïm perpétua l’immense héritage
de son maître, le Gaon de Vilna,
notamment concernant l’importance
particulière accordée à l’étude de la
Torah – laquelle est considérée dans
la tradition lituanienne comme le fer
de lance du judaïsme authentique. Cet
amour intense pour l’étude et la prééminence
du « limoud » dans l’esprit de
la Torah est certainement l’héritage le
plus important que légua rabbi ‘Haïm
de Volozhin.
« L’Âme de la Vie »
Bien que le nombre d’ouvrages écrits
par ce grand maître soit assez modeste,
son oeuvre se démarque surtout
par son immense portée : jusqu’à
ce jour, le « Néfech ha’Haïm » (L’Âme
de la Vie ») reste en effet considéré
comme l’un des principaux piliers de
la pensée juive. Largement inspiré des
enseignements cabalistiques du Zohar,
cet ouvrage définit des principes
fondamentaux concernant des notions
aussi vastes, élevées et capitales que
l’essence profonde de l’être humain, la
relation que l’homme entretient avec
D.ieu au travers de la prière, ou encore
la valeur essentielle de l’étude de
la Torah.
Paroles…
A travers tous ses enseignements, on
peut relever un ton nettement plus
atténué que celui du Gaon de Vilna
à l’égard des diverses tendances du
mouvement ‘hassidique que son maître
avait critiquées avec beaucoup de
rigueur… Ce qui ne l’empêcha cependant
pas de s’exprimer très strictement
quand le contexte l’imposait.
Ainsi, consacra-t-il un chapitre entier
de son ouvrage pour expliquer
que si les « kavanot » [pensées et intentions
accompagnant la réalisation
de toute mitsva] sont effectivement
d’une grande importance – claire allusion
au ‘hassidisme qui leur accorde
une place capitale –, elles ne devraient
jamais servir de prétexte à repousser,
voire même à annuler l’accomplissement
concrète d’une mitsva. En effet,
la réalisation matérielle des commandements
divins demeure, selon lui, en
toutes circonstances l’aspect le plus
capital et incontournable des mitsvot,
et jamais les « intentions » – aussi
pures soient-elles – ne devraient faire
passer l’accessoire avant l’essentiel !
Il estimait également que toute hésitation
à laquelle l’homme peut se
trouver confronté peut être résolue
grâce aux enseignements de la Torah,
ajoutant que si l’homme sait y déceler
les véritables réponses et s’y conformer,
jamais il n’en viendra à trébucher
(Roua’h ‘Haïm, 6, 9).
La vie de l’homme, disait-il encore, est
invariablement constituée de « hauts »
et de « bas ». Or, lorsque l’on se trouve
dans « le creux de la vague », on est
souvent en proie au sentiment que
tout ce que l’on accomplit,
aussi bien dans
l’étude de la Torah que
dans l’accomplissement des mitsvot,
n’est pas fait comme il convient et
se trouve marqué par de pesants défauts…
Résultat : pendant ces périodes
dépressives, on a souvent tendance à
vouloir atténuer ses efforts et à s’offrir
quelques repos en attendant que
cette période passe. Mais, objectait
rabbi ‘Haïm, cela n’est pas du tout
la bonne conduite à suivre : car on
pourra clairement se rendre compte
qu’en continuant à « batailler » même
pendant ces périodes difficiles, on
parvient beaucoup plus aisément à
revenir à notre niveau antérieur que
si l’on continuait par découragement à
s’éloigner davantage de la Torah.
Il conseillait également de « fixer des
moments pour ses affaires » ! En effet,
bien que l’adage talmudique préconise
au contraire de « fixer des heures à
son étude », il considérait quant à lui
que cette attitude n’est valable que
pour les personnes consacrant la majorité
de leur temps à leur travail. En
revanche, recommandait-il, ceux qui
sont réellement désireux de progresser
sans cesse dans l’étude de la Torah
devront délimiter – non pas leur temps
d’étude – mais au contraire celui de…
l’interruption de l’étude et « consacrer
à leur travail environ deux heures
pendant les après-midi » (!). De la sorte,
garantissait-il, ces gens seront sans
nul doute gratifiés d’une très grande
réussite dans leur vie !
Un enseignement éclairant
du ‘Hafets ‘Haïm
Le ‘Hafets ‘Haïm raconta qu’à Volozhin,
vivait un simple « baal habaït »
[homme vivant de son activité professionnelle]
qui se consacrait beaucoup
à son étude, à tel point qu’il avait pu
achever à plusieurs reprises l’étude
complète du Talmud. Or, lorsque cet
homme entrait dans une pièce, jamais
rabbi ‘Haïm ne manquait de se lever
devant lui…
En voyant cette scène se reproduire,
de jeunes et brillants avrékhim consacrant
leur entière journée à l’étude ne
purent réprimer quelques mots d’esprit
en faisant remarquer à leur maître
que si cet homme avait effectivement
« lu » le Talmud en entier, sa compréhension
des textes restait toutefois
certainement très limitée…
Mais rabbi ‘Haïm répondit à ces jeunes
gens en ces termes : « Vous savez
qu’il existe deux éditions du Talmud :
la première est ‘l’édition Amsterdam’,
qui est d’une rare beauté et dans laquelle
de nombreuses annotations
et travaux de correction ont été opérés.
La seconde édition est celle de
‘Zoltsbach’ : outre le fait qu’elle soit
nettement moins prestigieuse que
la première, nous savons également
qu’elle contient de nombreuses fautes
de frappe et d’imprimerie… Pourtant,
viendrait-il à l’esprit de quiconque que
les volumes de ce Talmud aient moins
de sainteté ? »…
En fait, jusqu’à ce jour, rabbi ‘Haïm
de Volozhin est resté l’une des figures
les plus représentatives de « l’âge
d’or » du judaïsme lituanien. La vive
inspiration qu’il insuffla jadis dans
toutes les contrées de l’Europe de
l’Est perdure au sein du peuple juif,
et c’est bien elle qui permit sans nul
doute à la connaissance de la Torah
d’y rester si fortement présente.
Yonathan Bendennoune
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