La vente frauduleuse de la viande de cheval ne concerne en rien, a priori, la cheh’ita puisque cet animal est interdit à la consommation pour le judaïsme. Pourtant, le scandale qui a éclaté au début de l’année risque de porter atteinte à l’abattage rituel effectué pour la communauté juive. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’audition du Dr Joël Mergui, président du Consistoire central, et du grand rabbin de Moselle Bruno Fiszon, conseiller du grand rabbinat pour la Cheh’ita, lors de travaux d’une commission du Sénat.  VIDEO A LA FIN DE L'ARTICLE.

C’est l’OABA, œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs, qui a demandé que le Sénat procède à la vérification de toute la filière d’abattage. C’est donc suite à cette requête que la commission a tenu cette réunion.

La souffrance animale était au centre du débat. Et là, on a pu assister à une incompréhension totale de la part de certains rapporteurs du Sénat. Les représentants de la communauté juive tentaient d’expliquer que la Cheh’ita évitait toute souffrance imposée à la bête alors que l’étourdissement comportait bien plus de risques, en raison notamment des 15 % de ratage. Malgré cette démonstration, la rapporteure répétait inlassablement : « Je trouve inadmissible qu’un animal souffre au cours de l’abattage ».

Dans son intervention, le président du Consistoire a tout d’abord précisé que l’abattage était parfaitement conforme à la réglementation imposée par les autorités françaises. « Le judaïsme a porté depuis toujours une attention particulière aux animaux », a souligné M. Mergui, rappelant notamment que la chasse était interdite dans la religion juive. Et d’ajouter : « La technique d’abattage à la lame fine en un seul coup a été instaurée justement pour ne pas faire souffrir la bête ».

Sylvie Goy-Chavent, rapporteure de la mission commune d’information, a rétorqué : « On a quand même reçu plusieurs scientifiques et tous, que ce soit des chercheurs, des universitaires ou des vétérinaires, sont unanimes pour dire que l’animal étourdi souffrira le temps de l’étourdissement, c’est-à-dire le temps d’une balle, donc de l’ordre de la seconde, alors qu’un animal égorgé peut mettre jusqu’à un quart d’heure à souffrir ».

Au cours des discussions qui ont suivi, Joël Mergui a remarqué judicieusement que « ni la chasse ni la corrida n’étaient interdits en France ». « Le gibier n’est-il pas consommable ? » s’est-il étonné. « Il y a moins de viande cacher que de gibier ». Et d’ajouter : « L’abattage rituel pratiqué depuis 2 000 ans ne fait pas souffrir l’animal ». La rapporteure lui a alors répondu : « C’est votre conviction ». A cela, il a rétorqué : « Ce n’est pas une conviction; (je le dis) avec des preuves scientifiques et si vous dites le contraire, ce sont des accusations ».

Rappelant les efforts déployés par les dirigeants de la communauté juive, il a souligné que tous les contrôles étaient mis en place. « Il faut que l’Etat français se penche, non pas sur les problèmes, mais sur les solutions qu’on doit donner pour que les Juifs puissent continuer à manger cacher dans dix ans et dans vingt ans en France », a-t-il déclaré.

Autre point fort du débat, qui peut faire frémir : lorsque le grand rabbin Fiszon, dans sa brillante démonstration sur les contrôles permettant de déterminer si un animal est cacher, a cité des scientifiques qui défendaient la pratique de la Cheh’ita, la rapporteure a réagi en s’exclamant : « Ils sont tous juifs, ces gens ». Il s’est alors indigné : « C’est incroyable, ce que vous dites. Un scientifique juif serait suspect de malmener sa recherche parce qu’il est juif ? ».

Joël Mergui a encore déclaré qu’il était temps que l’abattage rituel, geste technique et religieux, ne soit plus une dérogation mais une méthode reconnue. Questionné par un intervenant compréhensif, Joël Mergui a répondu : « Je peux vous garantir que depuis quelques années, en raison de ce débat, il y a des Juifs qui quittent la France. … La laïcité devient de plus en plus rigide et ceux qui sont les plus pratiquants et détiennent une identité s’en vont… En tant que président du Consistoire, je veux que les Juifs soient heureux en France et n’aient pas l’inquiétude de se battre en permanence contre des propositions de loi ».